
Depuis quelques jours, le débat autour de l’asile fait rage. Si personne ne peut considérer que laisser les gens dans la rue par un tel froid peut être une réaction acceptable pour un Etat de droit, la controverse a vite fait de déborder sur le terrain de l’immigration (trop importante ?) à laquelle notre pays fait face.
En écoutant la première ce matin, mon attention a été attirée par le discours de l’invité, Ivan Mayeur, président du CPAS de Bruxelles, réagissant à la polémique sur l’actuelle crise de l’asile. A un moment, la discussion a été déviée sur la politique d’immigration de la Belgique et son possible échec. Sur ce sujet, j’ai retenu deux idées de Mr Mayeur : que la politique d’immigration doit se coordonner au niveau européen d’une part, et qu’il faut mieux réguler (ou limiter ?) l’immigration d’autre part.
Plusieurs aspects m’ont interpellé dans ces deux idées prononcées par Mr Mayeur.
Tout d’abord, qu’un responsable socialiste préconise de manière aussi clair le recours à une régulation de l’immigration est, selon moi, révélateur d’un changement de fond dans la politique migratoire belge. Je n’apprends rien à personne en disant que les partis socialistes sont en général des ardents défenseurs des migrants et de leurs droits, et auront tendance à critiquer les formations politiques s’en prenant à ces populations. Or, depuis plusieurs mois, il semble que les socialistes changent de discours… et de politique ! En effet, la position de Mr Mayeur n’est pas sans précédent. Après des critiques acerbes, les socialistes avaient fini par retourner leurs vestes lors du vote rendant la loi sur le regroupement familial beaucoup plus stricte. Etant donné la prépondérance de la NV-A sur les bancs du Parlement, les signes d’un changement de position du PS sur ce sujet me font penser qu’un (nouveau) tour de vis sur les politiques migratoires est très probablement à prévoir sous cette législature.
Enfin l’Europe. Qu’un politicien belge affirme qu’il faut une collaboration européenne sur un sujet n’est guère surprenant. Dans notre pays, cela devient presque un réflexe pavlovien. Ce qui est plus amusant, et que Mr Mayeur ne réalise (peut-être) pas, c’est que sa deuxième proposition rend la première caduque, ou presque. Depuis une dizaine d’années, l’immigration est rentrée en force dans la législation et dans les traités européens, encadrant de plus en plus les droits nationaux. Cela a eu pour conséquence que, dans de nombreux pays voisins, la législation est rentrée en opposition, parfois frontale, avec les provisions des traités et autres directives européennes ; ceux-ci garantissant davantage le droit des migrants que ce que certains législateurs nationaux ne souhaiteraient.
Tout cela me fait dire qu’il ne faudra pas beaucoup de temps avant que des débats houleux ne soient engagés au niveau européen. De plus en plus de pays vont pousser pour revoir certaines dispositions. Et si même le PS, en Belgique francophone, change aujourd’hui de discours, cela promet une polémique intéressante entre une majorité d’Etat Membres et les garde-fous juridiques européens que sont la Commission et la Cour de Justice.

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Laurent Hanseeuw Fellow Itinera Institute |
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Ivan Van de Cloot Chief Economist Itinera Institute |
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Fons Leroy Managing Director VDAB |
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Karel Volckaert Director of Research at Strategus |